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 Le rôle de la société civile dans le développement humain

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MessageSujet: Le rôle de la société civile dans le développement humain   Mer 4 Fév - 17:51

Le rôle de la société civile dans le développement humain


Il est indéniable que la société marocaine a récemment compris qu’il est temps de se prendre en charge et de s’organiser en réseaux, organisations, associations, coopératives, groupes d’appui et groupes de pression et de plaidoyer afin de venir à bout des problèmes qui entravent le décollage socio-économique tant attendu. De jour en jour, on voit l’émergence de nouvelles structures d’organisation sociale qui attestent d’une vitalité grandissante, d’un dynamisme sain, d’une prise de conscience relativement profonde et d’une santé sociale qui doit être source de fierté et d’espoir pour tous les marocains.

Pour la seule ville de Boujad et les campagnes avoisinantes, par exemple, et qui ne sont pas des terroirs connus pour une longue tradition de solidarité et de gestion collective des ressources, les toutes dernières années ont connu une prolifération importante d’associations locales et la seule année 2005 a connu la naissance de pas mal d’associations d’envergure nationale. Tout cela veut dire que le Maroc social bouge, s’organise, se prend en charge, dépasse son égoïsme et son apathie, se solidarise, se projette dans l’avenir, et ose rêver d’un futur meilleur.

Cependant le rôle de la société civile reste limité quoique stratégiquement important. Malgré les succès enregistrés au niveau national dans les domaines des droits de la femme, des droits de l’homme, du micro crédit, et au niveau de quelques régions dans les domaines de l’alphabétisation, de l’accès à l’eau et de l’électrification, la société civile marocaine est encore au stade de l’émergence et est susceptible de connaître des transformations importantes avant d’atteindre le stade de maturation.

Bien sûr il y a des associations qui se distinguent par leur sérieux, leur professionnalisme, leur sens de l’organisation et leurs résultats aussi bien au niveau rural qu’urbain. D’aucuns critiquent leur sens de " one-manship " ou " one-womanship " (des structures étroitement dépendantes d’une personne charismatique ou d’une personnalité connue du monde des affaires, des médias, des droits de l’homme etc.). Ceci ne constitue pas nécessairement une faiblesse. De ma part, je le considère comme une force, parce que les associations marocaines ont besoin d’un leadership fort avec une vision motivante et une grande capacité de mobilisation des ressources et des personnes.

Cependant, la grande majorité des associations souffrent d’un manque de vision, de l’absence de stratégies de développement et d’intervention, de la quasi-inexistence des capacités de gestion et de suivi, du manque de spécialisation, de l’inexistence d’un staff permanent adéquat, de l’absence d’une comptabilité et gestion financière transparentes, de l’inexistence d’une volonté de capitalisation du savoir faire accumulé au fil des années, de l’absence d’une organisation interne efficace, et du manque de capacités de communication aussi bien interne qu’externe. Les associations dont les capacités sont renforcées dans tous ces domaines se comptent par dizaines.

Les bailleurs de fonds nationaux (y compris le gouvernement) et internationaux n’ont pas été assez exigeants sur ces aspects, ce qui a encouragé des pratiques non durables et même assez écartées des exigences de la transparence, de la démocratie, du civisme et de l’idéalisme du bénévolat supposés exister chez ces structures sociales émergentes. On a tellement idéalisé le rôle de la société civile qu’on a cru pouvoir la substituer au gouvernement et aux partis politiques sans lui demander des comptes. Puisqu’elle émane du peuple, de la société, elle est supposée être incorruptible, efficace, et porteuse de projets durables.

C’est pour cela qu’on est précipitamment passé d’une situation de méfiance envers les acteurs de la société civile à une sorte de confiance totale en leur capacité d’évaluer les problèmes, leur trouver des solutions et gérer les projets qui en découlent d’une façon efficace, transparente et soutenue.

Or force est de constater que la capacité d’intervention de ces acteurs reste assez limitée, notamment par rapport à l’ampleur des défis et des exigences du développement humain. Les bénéficiaires de l’action des associations se comptent aujourd’hui par milliers alors que les problèmes d’alphabétisation, d’éducation non-formelle, de pauvreté, d’insertion des jeunes etc. concernent des millions. Les ONG peuvent servir à mettre en place des projets pilotes et à but démonstratif dans ces domaines mais elles ne peuvent pas toucher les centaines de milliers de bénéficiaires potentiels, à l’exception peut-être dans le domaine du micro crédit.

Ce dernier connaît la participation des banques dites classiques avec leur savoir faire et leur capacité très étendue de couverture du territoire national. La promotion du rôle de la société civile ne doit pas signifier la démission du gouvernement de son rôle pas seulement de leader mais de celui parmi les acteurs qui a le plus de capacité, au moins en termes de ressources et infrastructure, à solutionner les problèmes de l’éducation non-formelle, d’alphabétisation, d’accès à l’eau et à l’électricité etc.

Il est vrai qu’au niveau régional on ne dispose pas encore de vrais stratèges du développement parmi les élus, les autorités locales ou les services extérieurs, ce qui laisse le terrain vide et les ONG essayent de faire de leur mieux pour l’occuper. Elles doivent, cependant, résister à la tentation de s’ériger en planificateur stratégique à la place du gouvernement. Etant parties prenantes importantes dans le travail de développement, leur rôle doit se limiter à accompagner l’action gouvernementale, surtout quand il s’agit d’actions de mobilisation, de sensibilisation, de formation, de plaidoyer et d’évaluation.

Par ailleurs, il est évident que les associations qui sont efficaces et professionnelles sont celles qui ont su capitaliser leur expérience et se spécialiser dans un seul domaine : le plaidoyer, le micro crédit, le réseautage, les enfants de la rue, les droits de l’Homme, les droits de la femme etc. Celles qui veulent faire tout, et elles sont nombreuses, se voient tiraillées dans diverses directions et ratent l’occasion de devenir des leaders dans leur domaine d’intervention et d’affiner leurs modèles d’intervention.

Il est temps de dépasser le romantisme idéaliste qui nous pousse à vouloir tout changer en même temps. Le vrai militantisme aujourd’hui consiste en la spécialisation et la professionnalisation, éléments générateurs de ressources durables si on arrive à bien concevoir, présenter et "vendre" les modèles, les bonnes pratiques et le savoir faire, garants de la réussite.

De leur côté, les bailleurs de fonds, y compris et surtout le gouvernement, doivent être plus exigeants envers les associations. Faire un suivi rigoureux, demander un feedback permanent, demander des comptes, budgétiser des audits, exiger des rapports d’activité des associations sont parmi les mesures à prendre dans ce sens. De plus, les bailleurs de fonds deviennent de plus en plus exigeants quant à la professionnalisation et au développement des capacités de gestion des associations.

Il faut également élaborer un processus de certification des associations pour faire la distinction entre qui sait faire quoi, qui a le plus de capacités, qui a le plus d’expérience, qui est outillé, qui ne l’est pas et qui ne peut l’être que progressivement. La certification ne doit pénaliser ni les plus petites ni les plus grandes ; mais elle doit nous permettre de faire la part des choses et surtout de mieux rationaliser l’affectation des ressources humaines et financières. Des modèles de développement institutionnel susceptibles d’aider dans l’évaluation de la capacité des associations existent et doivent être utilisés dans l’élaboration des termes de référence de la certification.

Pour conclure, je dirai que le Maroc connaît une renaissance fulgurante de la société civile. Cependant, il ne suffit pas qu’il y ait des structures légalement reconnues. Les rendre capables de fonctionner et de réaliser leurs objectifs est fondamental si on ne veut pas voir la déception régner chez ces dizaines de milliers de volontaires qui se sont formés en associations afin de créer la différence. Le vrai travail de capacitation des associations vient quand tout le monde aura accepté l’idée qu’une association doit être aussi efficace, outillée et organisée que n’importe quelle organisation ou entité économique, politique ou sociale.


Lahcen Haddad, PhD
Expert international en planification et management stratégique.

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MessageSujet: Re: Le rôle de la société civile dans le développement humain   Mer 11 Mar - 13:48

très bon sujet ,l'ENA pose comme ce genre de sujet à l'examen
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espoir_ali
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MessageSujet: Re: Le rôle de la société civile dans le développement humain   Mar 6 Avr - 17:45

merci bravo
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rabi3
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MessageSujet: Re: Le rôle de la société civile dans le développement humain   Sam 10 Avr - 6:21

merci beaucoup merci
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nour
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MessageSujet: Re: Le rôle de la société civile dans le développement humain   Mer 14 Avr - 15:02

merci
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hamdane
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MessageSujet: Re: Le rôle de la société civile dans le développement humain   Dim 8 Aoû - 8:41

merci bcp
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Ainet
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MessageSujet: Re: Le rôle de la société civile dans le développement humain   Jeu 11 Aoû - 5:07

merci bien
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MessageSujet: Re: Le rôle de la société civile dans le développement humain   

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